Cédric KLAPISCH

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« J’suis français, espagnol, anglais, danois ! J’suis comme l’Europe, j’suis tout ça, j’suis un vrai bordel… »

Un passionné

On l’aura compris, Cédric Klapisch est un passionné de cinéma et ce depuis sa tendre adolescence. Très tôt, il sait qu’il fera du cinéma et fait tout pour y arriver. Seulement, il échoue deux fois au concours de la Femis, la grande école de cinéma française, ce qui, loin de le désavantager, lui donne un nouvel élan, l’élan qui construira sa carrière : « Si j’avais fais la Femis, je ne ferais pas les mêmes films que je fais aujourd’hui ». Ainsi, de ce qui aurait pu être un échec, Cédric Klapisch fait sa plus grande force et décide de partir à New York pour faire enfin du cinéma. Cette expérience de l’étranger nourrira nombre de ses films.

Un auteur parfaitement en phase avec son époque

Cédric Klapisch, réalisateur générationnel, revient sur ses débuts et particulièrement sur les différents jalons qui ont mené à l’écriture du scénario de L’Auberge espagnole. Parmi ces éléments, son expérience personnelle à New York en tant qu’étudiant à l’Université de New York ainsi que son bref séjour dans l’appartement où vit sa sœur à Barcelone. Cinq nationalités dans un appartement, la polyphonie, le délire, l’incompréhension et l’idée d’un film qui jaillit.

Toutefois, l’auteur ne se doute pas encore de l’impact de son film : « quand je fais L’Auberge Espagnole, je suis persuadé que cela ne va intéresser personne parce que je n’avais pas conscience qu’Erasmus est un phénomène important. » « C’est une sorte d’intuition qui fait que moi, je parle de ça, et puis ensuite, l’année où le film sort, c’est l’année de l’euro, c’est l’année du millionième étudiant, il y a toute une série de convergences qui sont vraiment sociologiques. »

Des événements qui convergent, un regard visionnaire… et Cédric Klapisch devient, malgré lui, à la fois l’ambassadeur de toute une génération et un interlocuteur privilégié en matière de questions européennes : « il y a deux fois plus de personnes l’année d’après qui demandent à faire Erasmus, c’est-à-dire que le film joue vraiment comme une publicité. »

Un regard sur les financements du cinéma français

Ayant créé sa propre société de production Ce qui me meut, Cédric Klapisch analyse l’évolution des modes de financement du cinéma français en insistant sur le système totalement unique qui permet à la France de sortir 200 films par an et de figurer parmi les « poches de création cinématographique » aux côtés des Etats-Unis, de l’Inde ou même de l’Iran.

Cédric Klapisch attribue l’essor français à deux caractéristiques proprement françaises : le rattachement du CNC au Ministère de la Culture par André Malraux en 1959 et la création d’obligations aux chaînes de télévision par Jack Lang. « Malraux a fondé le CNC, le Centre National du Cinéma, et avec le CNC, un certain nombre de modalités, notamment le fond de soutien et l’avance sur recette. L’avance sur recette aide au premier film et le fond de soutien, qui est la grande idée qui marche encore aujourd’hui, fait exister le cinéma français : à chaque fois qu’on va voir un film, il y a une taxe prélevée pour aider à la création des films qui vont se faire l’année d’après. » Le cinéma français est particulièrement fécond avec l’explosion des chaînes de télévision puisque celles-ci se voient dans l’obligation de participer au financement cinématographique grâce aux mesures de Jack Lang (comme la création de Canal +): « la télévision a fait vivre le cinéma en France depuis les années 80. »

Vers une démocratisation du cinéma

Après avoir tourné Ma part du gâteau en partie avec des réflexes Canon, des appareils photos avec une fonction vidéo plus faciles à utiliser, Cédric Klapisch envisage l’évolution profonde des techniques cinématographiques et de la façon de filmer. Le réalisateur voit dans cette évolution quelque chose de comparable au phénomène de la « Nouvelle Vague », qui a vu l’arrivée de caméras plus légères et de filtres pour filmer en lumière du jour, autant d’évolutions technologiques qui ont permis à Jean-Luc Godard de filmer A bout de souffle par exemple. « De la même façon que tout le monde a un appareil photo, tout le monde va avoir une caméra. » Selon Cédric Klapisch, cette révolution va entraîner non seulement des changements en termes de création mais aussi en termes de budget.

Un cinéma engagé

Mais cette démocratisation du cinéma ne doit pas seulement concerner le matériel, il s’agit aussi de faire des films engagés. En effet, si les réalisateurs de la « Nouvelle Vague » refusaient de s’engager, les réalisateurs modernes ont un rôle à jouer. C’est pourquoi, Ma part du gâteau, souvent jugé comme trop caricatural (surtout en ce qui concerne la fin) n’a en réalité rien d’exagéré puisque, la réalité est bien plus dure que la fiction.

Julie Bourdel & Laura Gronier